J’avais effectué il y a quelques temps dans le cadre d’une étude quelques interviews auprès de SSLL visant à mieux appréhender leurs modèles économiques ainsi que leur viabilité. Cette étude avait permis de conclure que la philosophie de départ constituait un moteur de l’innovation technique (pour créer de la valeur) mais aussi de l’innovation stratégique (pour capter cette valeur), permettant aux SSLL de se rémunérer, sans que toutefois nous ne parvenions à un modèle économique mature et stable. Il s’avère que l’AFUL (Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des Logiciels Libres), présente au salon du Libre la semaine dernière à Marseille, a récemment réalisé une étude, visant à faire un tour de table des diverses stratégies de rémunération des acteurs du Libre.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut bien comprendre que, contrairement à un bien matériel soumis à la disponibilité de ressources limitées, un logiciel est une création de l’esprit que l’on peut produire en abondance. Le modèle économique consistant valoriser la rareté s’en trouve ainsi inadapté, et il convient donc d’attribuer autrement de la valeur au produit logiciel. Le marketing parlera de valeur perçue, inhérente à l’usage et à la criticité d’un logiciel, ce qui revient à faire payer un droit d’utilisation – nous sommes dans le modèle économique des logiciels propriétaires.

Malheureusement, ce modèle n’est pas sans comporter de nombreux inconvénients, à commencer par la pérennité et l’interopérabilité des formats de fichiers, généralement jalousement conservés secrets par les éditeurs propriétaires, afin de conserver des atouts concurrentiels. Mais cette course concurrentielle se fait aux dépends des utilisateurs finaux, menacés de ne plus pouvoir accéder à leurs données en cas de changement de configuration système, et dépendants de la volonté de l’éditeur qui pourrait décider de cesser de maintenir les formats qu’il jugera obsolète. On imagine aisément le modèle de Porter et le rapport de force entre l’entreprise et le client, clairement en défaveur de ce dernier.

C’est ainsi que la philosophie du libre est née dès les années 70, avec pour objectif de répondre toujours mieux au besoin des utilisateurs, sans que cela devienne pour ces derniers une contrainte financière et technique bloquante. Le concept consiste à mettre à contribution les utilisateurs eux-mêmes (qu’ils soient bénévoles, chercheurs, administrations, ou entreprises), via des licences d’utilisation adaptées, afin de mutualiser la recherche et le développement, et de faire évoluer ainsi les solutions logicielles en fonction des besoins mêmes du marchés, et non pas des besoins supposés du marché, comme un éditeur propriétaire, seul autorisé à modifier le code source, pourrait le faire.

C’est notamment l’essor d’Internet qui a permis au logiciel libre de se démocratiser, grâce à la constitution de communauté à grande échelle et à l’intervention de plusieurs acteurs sur un pied d’égalité, permettant d’instaurer une certaine « coopétition ». Ainsi, les évolutions des solutions libres s’en trouvent accélérées dans une course au mérite, permettant de constituer un cercle vertueux leur conférant une valeur bien supérieure à celle des logiciels propriétaires.

Reste à déterminer comment capter cette valeur, d’une manière autre que par des droits d’utilisation. L’AFUL en a identifié pas moins de 14, classés par catégories, qui, combinés les uns aux autres, permettent de faire du logiciel libre une activité rentable et en pleine croissance, comme je le faisais remarquer dans un billet précédent.

Un rapport détaillé intitulé Modèles économiques liés aux logiciels libres est disponible sur le site de l’AFUL, disponible également au format PDF. Sa lecture permet de faire un tour d’horizon des moyens de rémunération possibles quand on est éditeur de logiciel libre, et pose de nouveau la question du choix d’une licence adaptée, qui reste le premier choix stratégique à faire lorsqu’on envisage d’ouvrir les sources de son application, comme je l’avais déjà souligné précédemment.

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