Nous évoquions dans le précédent article traitant des licences Open Source, l’aspect stratégique qu’elles permettaient aux entreprises de revêtir. Mais le mouvement libre ayant pris une ampleur relativement soudaine, les business models ne sont pas encore vraiment établis aujourd’hui.
Dans le cadre de cette étude, il convenait donc de vérifier quelle était la réalité du terrain : les PME s’orientent-elles vers l’Open Source pour des raisons purement économiques ? Sous quel type de licence choisissent-elles de protéger leurs produits libres ? Qu’advient-il des communautés de développeurs ? Bref, l’Open Source dans la réalité, c’est quoi ?
Quelques recherches et quelques interviews téléphoniques à quelques jeunes SARL éditrices de logiciels libres et comptant moins de 10 salariés ont permis de donner un visage plus humain à ces théories économiques.
- Pourquoi l’Open Source ?
- Quelle stratégie Open Source ?
- Quel type de licence ?
- Constituer une communauté ?
« Nous sommes des GNUs » affirmait l’un des gérants de ces entreprises, « nous n’aimons pas l’idée de refaire sans cesse ce qui a déjà été fait » surenchérissait un autre. Au final, toujours le même discours, le libre est une valeur forte de ces entreprises. La motivation première chez ces jeunes gérants de formation technique est donc bien une philosophie, un état d’esprit particulier qui vise l’efficacité technique avant l’efficacité commerciale.
Il s’agit en premier lieu de se positionner sur un marché d’intégration : le logiciel n’est qu’un prétexte, un investissement pour exercer une activité d’expertise, de conseil, de personnalisation, de déploiement, etc. Mais à plus long terme, certaines entreprises prévoyent d’aller plus loin dans leur système de rémunération, grâce à des stratégies plus élaborées, ce qui devraient leur permettre d’augmenter la captation de valeur sur le logiciel édité. Nous avons donc bien, au sein de ces PME, un aspect stratégique qui vient compléter la philosophie de départ, afin de dégager un peu plus de profit tout en restant fidèle aux valeurs de la caste GNU.
En revanche, c’est ici que le facteur humain prend le pas sur la théorie économique. Une licence propre développée par l’entreprise nécessiterait, outre des compétences juridiques pour la constituer, d’être d’abord analysée par les communautés de développeurs qui détermineraient par la suite si elle correspond ou non à leurs valeurs. En revanche, la licence GPL, ayant vu le jour avant même la notion d’Open Source et bénéficiant qui plus est d’un équivalent français (la licence CeCILL), est déjà très bien connue des développeurs, qui portent en elle leur entière confiance de par les droits qu’elle leur confère. La GPL permet en effet un grand degré de liberté, contrairement aux licences hybrides parfois contraignantes. Le choix de la licence est donc généralement rapidement porté sur la GPL, dans le but de séduire au plus vite les communautés de développeurs, ce qui permettra d’accélérer le processus de création de valeur sur le logiciel.
Et il s’agit bien là d’un facteur clé de succès important, qui nécessite du temps pour être rempli : il laisse en effet supposer que le logiciel soit connu, et que ses utilisateurs disposent de quelques compétences en développement. Il convient donc de cibler en premier lieu une clientèle assez large et apte à intégrer une communauté (webmasters, agences web, …), pour ensuite l’aider à entrer dans une démarche de co-production, et ainsi auto-alimenter la communauté…
En conclusion, il apparaît que le facteur humain prend une dimension importante dans le mouvement du libre. En effet, contrairement aux logiciels propriétaires, les logiciels libres mobilisent dans leur édition plus d’intervenants humains, ce qui rend certainement encore plus difficile aujourd’hui la caractérisation par un modèle économique éprouvé…
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Article succint très intéressant qui résume brillament ce concept. Merci pour ce travail de qualité
[...] effectué il y a quelques temps dans le cadre d’une étude quelques interviews auprès de SSLL visant à mieux appréhender leurs modèles économiques ainsi que leur viabilité. Cette étude [...]
[...] les ai connu à l’occasion d’une interview téléphonique lors d’une étude sur les modèles économiques du libre, dans le cadre de mon Mastère Spécialisé. Je les ai retrouvé plus d’une année plus tard, [...]