De par mes diverses études menées dans le domaine des Nouvelles Technologies, force m’a été de constater que le phénomène « Open Source » prend de nos jours de plus en plus d’ampleur au sein des entreprises éditrices de logiciels, notamment les PME. L’apparition des SSLL dans un paysage jusqu’alors uniquement composé de SSII en est bien la preuve, sachant que les SSII elles-mêmes ont pris le train en marche.
Ce phénomène, initié en 1984 par le projet GNU (acronyme récursif pour « GNU’s Not UNIX ») de la Free Software Foundation, fait appel à la notion de copyleft (gauche d’auteur), par opposition au copyright (droit d’auteur), pour ainsi promouvoir un mode nouveau de production et de distribution des logiciels, dans le cadre d’une utilisation novatrice du droit de propriété intellectuelle. En particulier, une licence Open Source (ou libre) met à disposition des utilisateurs le code source et leur procure, sans pour autant garantir la gratuité de ces droits :
- Un droit d’utilisation
- Un droit de copie
- Un droit de modification du code source
- Un droit de redistribution
L’Open Source révolutionne donc le système des licences propriétaires, pour lesquelles seul le droit d’utilisation est acquis, et ce, en échange d’une rémunération pécunière (hors freewares, distribués gratuitements mais dont le code source n’est toujours modifiable que par leur créateur)
La question qu’il est légitime de se poser alors est la suivante : comment est-il possible que les logiciels libres soient compétitifs par rapport aux solutions propriétaires ? La réponse à cette question fait aujourd’hui, de par sa complexité, l’objet de nombreuses études économiques et autres thèses ; Le service d’intégration est souvent cité pour justifier la rentabilité de ces solutions, mais ce marché n’est pas encore arrivé à matûrité. En réalité, la réponse est plus profonde et fait intervenir la notion de création de valeur avant même celle de captation de valeur.
Au delà d’une certaine idéologie basée sur le pragmatisme, l’Open Source relèverait donc d’un véritable choix stratégique pour les entreprises souhaitant se différencier des leaders en position de quasi-monopole. Ce choix s’oriente vers une volonté d’ouverture et non plus de contrôle de la technologie, et offre ainsi les avantages suivants :
- Diffusion facilitée par la gratuité des sources (lorsque c’est le cas, puisque, rappellons-le, Open Source n’est pas synonyme de gratuité, mais de mise à disposition des sources) ;
- Qualité accrue grâce à la libre modification, très souvent orientée vers des besoins précis ;
- Vitesse de production accrue, grâce aux communautés de développeurs ;
- Coûts de R&D fortement réduits, toujours grâce aux communautés de développeurs bénévoles.
Tous ces aspects permettent de fortement augmenter la création de valeur du bien logiciel, d’une part grâce à une forte incitation à l’adoption par une masse critique d’utilisateurs, et d’autre part grâce aux nombreuses contributions apportées par les communautés d’utilisateurs/développeurs, faisant intervenir ainsi la notion de co-production.
Mais qu’en est-il de la captation de valeur, si le droit d’utilisation n’est plus systématiquement soumis à rétribution, et si les fondements du logiciel sont ouverts à tout oeil concurrent ? C’est en cela que les diverses licences informatiques du monde Open Source prennent toutes leur importance, l’enjeu étant de conserver les propriétés de création de valeur apportées par les fondements de la licence libre et gratuite, tout en optimisant la captation de valeur, grâce à un assemblage de clauses finement élaborées (système de royalties sur redistribution payante, accords et concessions de licences, certifications, …), permettant de combiner de manière précise les composantes stratégiques suivantes :
- Coopération, dans l’optique d’optimiser la R&D ;
- Diffusion, dans l’optique d’établir des standards incontournables d’utilisation ;
- Contrôle (des firmes concurrentes), dans l’optique de réussir son positionnement sur le marché ;
- Valorisation patrimoniale, afin de justifier l’exploitation des droits de propriété intellectuelle.
Il est donc primordial de n’aborder le problème de la licence qu’après avoir défini une stratégie à suivre, adaptée au portefeuille de produits, mais également au cycle de vie des produits, sachant que ce travail est délicat, du fait de l’aspect évolutif de la stratégie en opposition avec l’aspect statique d’une licence…
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